jeudi 22 mars 2018

LA SPIRALE DE L'INFORMATIQUE


On peut décrire l’essor de l’informatique comme une marée grise, car, telle une marée de pétrole, elle a avancé progressivement mais inexorablement.
Il n’est pas un domaine qui échappe à son avancée, de l’automobile à la banque et au travail de bureau, en passant par l’agriculture. 
L’informatisation des métiers a permis une gestion en principe plus intelligente, une meilleure maîtrise des coûts de production pour des travaux moins fatiguant pour le personnel. Le revers de la médaille est que cette informatisation, corollaire préliminaire à la robotisation, a entraîné une suppression de certains emplois. Certes des économistes diront que pour un emploi supprimé, il y en a trois créés. Mais ce ne sont pas les mêmes. Ce sont des activités plus évoluées, plus techniques, qui ne sont pas donnés à tout le monde. Certains, qui trouvaient des activités malgré leur handicap intellectuel, cognitif, sont exclus de ces emplois évolués. C’est un progrès qui représente un premier risque d’exclusion.
Le monde d’aujourd’hui et encore plus de demain est et sera de plus en plus technique et un fossé risque de se creuser entre les handicapés cognitifs d’une part et ceux, beaucoup plus nombreux, qui maîtriseront les outils du monde moderne. Mais, comme une autre tendance du monde s’accentue, l’accélération, c’est un autre fossé entre les anciennes et les nouvelles générations qui risquent de survenir, creusant ainsi les inégalités sociales. Car, malheureusement pour les moins rapides, le mur technologique est loin d’être atteint.
En fait de mur, c’est un bond technologique, maîtrisé par une masse d’utilisateurs, qui très tôt, a été suivi par un effet de seuil au-delà duquel un phénomène devient irréversible. À ses débuts, internet, par exemple, était balbutiant. Aujourd’hui, on compte 3,81 milliards d’internautes dont 2,91 milliards inscrits sur les réseaux sociaux, donc, d’utilisateurs très réguliers (chiffres trouvés sur internet), représentant respectivement 51 et 39% de la population mondiale. Mais cet effet de seuil a été provoqué non par le développement des technologies mises à la disposition des utilisateurs mais par leur réappropriation de ces mêmes techniques.
L’administration, les assurances ou les grands commerces ne nous demanderaient pas notre adresse e-mail si l’internet n’avait touché qu’une élite. Mais la nature humaine est curieuse de la nouveauté, surtout si elle lui offre une vie plus simple, plus rapide, au moindre effort. Et quand on atteint l’effet de seuil, que la technique se démocratise, il devient alors indispensable de maîtriser un outil devenu banal, sous peine de se faire distancer, par là-même, se faire en partie désocialiser. Ne pas savoir utiliser les techniques, par exemple, internet, c’est comme il y a 40 ans, ne pas savoir téléphoner. Pour comparer avec un train, la société, il y a 80 ans, était un tortillard ; aujourd’hui, c’est un T.G.V : Demain, elle deviendra un train supersonique.
Mais un train peux dérailler, une voiture peut déraper. En matière de dérapage, Internet n’en manque pas.
La tendance, aujourd’hui et plus, dans l’avenir, est à la dématérialisation de la société. . Mais d’autres phénomènes, plus inquiétants encore, sont apparus. Une masse gigantesque d’informations nous remonte d’Internet. Le risque est d’être noyé dans ce flot qui peut rapidement devenir ce que l’auteur Joël de Rosnay appelle l’ « infopollution ». Savoir faire le tri entre toutes les sources n’est pas encore donné à tout le monde.
 A cela s’ajoute le fait qu’Internet est devenu le terrain de chasse de nombreux hackers qui s’adonnent au piratage quand ce n’est pas une avalanche d’escroqueries qui demande une grande vigilance. Une autre menace est souvent passée inaperçu durant la jeunesse de nombreux individus. La jeunesse est la période de toutes les découvertes mais aussi de toutes les inconsciences et comportement décalés. On s’exprime avec plus de facilité sans peser le pour et le contre. Des années plus tard, comme Internet n’oublie rien, on peut acquérir une « cyber-réputation » pour une soirée d’écart, de fantaisie ou d’emportement. Cela a couté leur emploi à certains.
Il faut aussi se méfier de ce que l’on peut appeler les « bulles de désinformation » qui s’abritent dans les blogs qui, par un effet d’amplification, deviennent vite incontrôlables. Des entreprises, des sociétés subversives ou des espions savent parfaitement exploiter ces bulles.
L’autre tendance, j’en ai parlé plus haut, est la dématérialisation de la société. On commande par Internet, on parle sur les réseaux sociaux, il y a des vidéo-conférences, certaines grandes banques préparent l’accueil du public par des robots. On risque de perdre le sens du contact humain. On croit avoir des centaines, des milliers d’amis mais à qui on ne serre jamais la main. Le monde virtuel prend de plus en plus de place, trop !! Le monde virtuel et le monde humain ont chacun des avantages mais aucun ne peut remplacer l’autre. Le monde virtuel ne pourra jamais remplacer la convivialité qu’on rencontre dans des réunions, partis, syndicats, lobbies ou groupement religieux. Même l’expression d’un visage nous dit que l’on n’est pas sur la bonne voie. Derrière un écran, on n’est jamais sûr de qui on a affaire.
Mais en dehors de nos conflits, de nos différences, nous avons quelque chose en commun : notre planète. C’est pourtant sur elle que l’on prend les ressources nécessaires aux équipements servant de support à nos fantaisies ; car, vu le contenu des messages et des informations que nous échangeons sur les réseaux sociaux et autres internet, une masse importante de ces communications n’apporte rien d’absolument vital. Et pourtant, l’impact énergétique de ces mêmes communications aura vite des conséquences capitales sur nos existences dont le plus remarquable est le réchauffement climatique. Entre autres, les gens qui meurent ou qui sortent ruinés dans des ouragans de plus en plus puissants et fréquents participent à un événement bien concret. Une conséquence palpable de nos activités virtuelles.
Comme toute activité, l’informatique à besoin de trois éléments : de l’énergie, de l’information, du matériau. L’information est le principal  élément de l’informatique, mais il faut, pour qu’elle soit disponible, elle doit être stockée sur des supports informatiques qui représentent un besoin colossal d’énergie. Rien qu’en France, l’ensemble de l’énergie indispensable au fonctionnement de nos portables, installations domotiques et data centers représentent une consommation de 50 térawatts par an ou 50000 milliards de watts ou encore l’équivalent de la production de 8 réacteurs nucléaires. Ces dernières informations sont disponibles sur le lien https://www.consoglobe.com/impact-de-l-informatique-environnement-cg
Il faut aussi du matériau. Et même plusieurs dont de l’or qui ne sont pas tous au même endroit de la planète, qu’il faut donc transporter, après les avoir extraits et les avoir séparer de leur gangue .Puis il faut fondre et mouler les micro-pièces de ces appareils et les souder. Imaginer tout cela répété pour au minimum 5 milliards de portables sans parler des autres équipements informatiques. La construction d’un appareil informatique représente environ 10 fois son poids en énergie équivalent –pétrole.
Ces appareils fonctionnent essentiellement à l’électricité qui est une énergie secondaire et qui dépend des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). L’électricité d’origine solaire et éolienne semble une première solution. Comme les voitures sont devenues de moins en moins gourmandes, les ordinateurs et tout autre équipement informatiques le deviendront. Mais le nombre d’utilisateurs humains comme mécaniques va croître de façon exponentielle et on retombera dans la même spirale infernale, même si nous parvenions à remplacer totalement les énergies fossiles par celles renouvelables. Il faut plus de sagesse et analyser ses propres besoins en équipement informatiques et/ou domotiques et éviter toute boulimie, afin de ne pas peser sur la planète et nos descendants (beaucoup moins lointains que nous pouvons l’imaginer).                          
Pierre MALON




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