On peut décrire l’essor de
l’informatique comme une marée grise, car, telle une marée de pétrole, elle a
avancé progressivement mais inexorablement.
Il n’est pas un domaine qui
échappe à son avancée, de l’automobile à la banque et au travail de bureau, en
passant par l’agriculture.
L’informatisation des métiers a
permis une gestion en principe plus intelligente, une meilleure maîtrise des
coûts de production pour des travaux moins fatiguant pour le personnel. Le
revers de la médaille est que cette informatisation, corollaire préliminaire à
la robotisation, a entraîné une suppression de certains emplois. Certes des
économistes diront que pour un emploi supprimé, il y en a trois créés. Mais ce
ne sont pas les mêmes. Ce sont des activités plus évoluées, plus techniques,
qui ne sont pas donnés à tout le monde. Certains, qui trouvaient des activités
malgré leur handicap intellectuel, cognitif, sont exclus de ces emplois
évolués. C’est un progrès qui représente un premier risque d’exclusion.
Le monde d’aujourd’hui et encore
plus de demain est et sera de plus en plus technique et un fossé risque de se
creuser entre les handicapés cognitifs d’une part et ceux, beaucoup plus
nombreux, qui maîtriseront les outils du monde moderne. Mais, comme une autre
tendance du monde s’accentue, l’accélération, c’est un autre fossé entre les
anciennes et les nouvelles générations qui risquent de survenir, creusant ainsi
les inégalités sociales. Car, malheureusement pour les moins rapides, le mur
technologique est loin d’être atteint.
En fait de mur, c’est un bond
technologique, maîtrisé par une masse d’utilisateurs, qui très tôt, a été suivi
par un effet de seuil au-delà duquel un phénomène devient irréversible. À ses
débuts, internet, par exemple, était balbutiant. Aujourd’hui, on compte 3,81
milliards d’internautes dont 2,91 milliards inscrits sur les réseaux sociaux,
donc, d’utilisateurs très réguliers (chiffres trouvés sur internet), représentant
respectivement 51 et 39% de la population mondiale. Mais cet effet de seuil a
été provoqué non par le développement des technologies mises à la disposition
des utilisateurs mais par leur réappropriation de ces mêmes techniques.
L’administration, les assurances
ou les grands commerces ne nous demanderaient pas notre adresse e-mail si
l’internet n’avait touché qu’une élite. Mais la nature humaine est curieuse de
la nouveauté, surtout si elle lui offre une vie plus simple, plus rapide, au
moindre effort. Et quand on atteint l’effet de seuil, que la technique se
démocratise, il devient alors indispensable de maîtriser un outil devenu banal,
sous peine de se faire distancer, par là-même, se faire en partie désocialiser.
Ne pas savoir utiliser les techniques, par exemple, internet, c’est comme il y
a 40 ans, ne pas savoir téléphoner. Pour comparer avec un train, la société, il
y a 80 ans, était un tortillard ; aujourd’hui, c’est un T.G.V :
Demain, elle deviendra un train supersonique.
Mais un train peux dérailler, une
voiture peut déraper. En matière de dérapage, Internet n’en manque pas.
La tendance, aujourd’hui et plus,
dans l’avenir, est à la dématérialisation de la société. . Mais d’autres
phénomènes, plus inquiétants encore, sont apparus. Une masse gigantesque
d’informations nous remonte d’Internet. Le risque est d’être noyé dans ce flot
qui peut rapidement devenir ce que l’auteur Joël de Rosnay appelle
l’ « infopollution ». Savoir faire le tri entre toutes les
sources n’est pas encore donné à tout le monde.
A cela s’ajoute le fait qu’Internet est devenu
le terrain de chasse de nombreux hackers qui s’adonnent au piratage quand ce
n’est pas une avalanche d’escroqueries qui demande une grande vigilance. Une
autre menace est souvent passée inaperçu durant la jeunesse de nombreux
individus. La jeunesse est la période de toutes les découvertes mais aussi de
toutes les inconsciences et comportement décalés. On s’exprime avec plus de
facilité sans peser le pour et le contre. Des années plus tard, comme Internet
n’oublie rien, on peut acquérir une « cyber-réputation » pour une
soirée d’écart, de fantaisie ou d’emportement. Cela a couté leur emploi à
certains.
Il faut aussi se méfier de ce que
l’on peut appeler les « bulles de désinformation » qui s’abritent
dans les blogs qui, par un effet d’amplification, deviennent vite
incontrôlables. Des entreprises, des sociétés subversives ou des espions savent
parfaitement exploiter ces bulles.
L’autre tendance, j’en ai parlé
plus haut, est la dématérialisation de la société. On commande par Internet, on
parle sur les réseaux sociaux, il y a des vidéo-conférences, certaines grandes
banques préparent l’accueil du public par des robots. On risque de perdre le
sens du contact humain. On croit avoir des centaines, des milliers d’amis mais
à qui on ne serre jamais la main. Le monde virtuel prend de plus en plus de
place, trop !! Le monde virtuel et le monde humain ont chacun des
avantages mais aucun ne peut remplacer l’autre. Le monde virtuel ne pourra
jamais remplacer la convivialité qu’on rencontre dans des réunions, partis,
syndicats, lobbies ou groupement religieux. Même l’expression d’un visage nous
dit que l’on n’est pas sur la bonne voie. Derrière un écran, on n’est jamais
sûr de qui on a affaire.
Mais en dehors de nos conflits,
de nos différences, nous avons quelque chose en commun : notre planète.
C’est pourtant sur elle que l’on prend les ressources nécessaires aux
équipements servant de support à nos fantaisies ; car, vu le contenu des
messages et des informations que nous échangeons sur les réseaux sociaux et
autres internet, une masse importante de ces communications n’apporte rien
d’absolument vital. Et pourtant, l’impact énergétique de ces mêmes
communications aura vite des conséquences capitales sur nos existences dont le
plus remarquable est le réchauffement climatique. Entre autres, les gens qui
meurent ou qui sortent ruinés dans des ouragans de plus en plus puissants et
fréquents participent à un événement bien concret. Une conséquence palpable de
nos activités virtuelles.
Comme toute activité,
l’informatique à besoin de trois éléments : de l’énergie, de
l’information, du matériau. L’information est le principal élément de l’informatique, mais il faut, pour
qu’elle soit disponible, elle doit être stockée sur des supports informatiques
qui représentent un besoin colossal d’énergie. Rien qu’en France, l’ensemble de
l’énergie indispensable au fonctionnement de nos portables, installations
domotiques et data centers représentent une consommation de 50 térawatts par an
ou 50000 milliards de watts ou encore l’équivalent de la production de 8
réacteurs nucléaires. Ces dernières informations sont disponibles sur le lien https://www.consoglobe.com/impact-de-l-informatique-environnement-cg
Il faut aussi du matériau. Et
même plusieurs dont de l’or qui ne sont pas tous au même endroit de la planète,
qu’il faut donc transporter, après les avoir extraits et les avoir séparer de
leur gangue .Puis il faut fondre et mouler les micro-pièces de ces appareils et
les souder. Imaginer tout cela répété pour au minimum 5 milliards de portables
sans parler des autres équipements informatiques. La construction d’un appareil
informatique représente environ 10 fois son poids en énergie équivalent
–pétrole.
Ces appareils fonctionnent
essentiellement à l’électricité qui est une énergie secondaire et qui dépend
des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). L’électricité d’origine solaire
et éolienne semble une première solution. Comme les voitures sont devenues de
moins en moins gourmandes, les ordinateurs et tout autre équipement
informatiques le deviendront. Mais le nombre d’utilisateurs humains comme
mécaniques va croître de façon exponentielle et on retombera dans la même
spirale infernale, même si nous parvenions à remplacer totalement les énergies
fossiles par celles renouvelables. Il faut plus de sagesse et analyser ses
propres besoins en équipement informatiques et/ou domotiques et éviter toute
boulimie, afin de ne pas peser sur la planète et nos descendants (beaucoup moins
lointains que nous pouvons l’imaginer).
Pierre MALON
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